29 Oct

L’impuissance apprise ou se décourager malgré-nous devant la difficulté?

L’impuissance apprise, comment s’instaure-t-elle  ?

L’impuissance apprise, parlons-en! Mais avant tout énonçons quelques faits. Certains jugent efficace le fait de taper sur le museau de leur chat ou leur chien pour l’obliger à exécuter un geste. D’autres, seraient peut-être tentés de reproduire cette technique sur leur cher bambin. Ceci afin de l’aider à se concentrer devant sa copie de mathématique qu’il a tant de mal à résoudre. Mais, est-ce vraiment efficace ?

Apprentissage à court et long terme
Impuissance apprise
Impuissance apprise

Rappelons que notre enfant n’entre pas dans la catégorie des animaux de compagnie. De plus, ce dernier est doté de capacités intellectuelles. Celles-ci lui permettent de faire des liens entre effets et conséquences. Enfin, ce petit de l’homme enrichit au fil du temps une mémoire à long terme d’expériences qui lui permettront de faire des choix.

Par exemple, le souvenir négatif répété d’un coup de règle sur les doigts lors d’échec à ses devoirs risque d’influencer son attitude future. Et, nous pouvons accepter, lors du prochain devoir, que son attention risque d’être fortement focalisée par la résolution de son équation. Mais aussi, la sentence potentielle désagréable pourra être source d’anxiété anticipatrice. Pour les adultes, il n’est toujours pas très agréable d’avoir un chef derrière eux avec le chrono.

Comprenons, aussi, que cette situation de stress est insupportable. Elle peut conduire notre chère tête blonde à chercher une stratégie pour éviter « la tapette pédagogique » qui lui fait mal à son petit cœur. Pour les adultes, le congé maladie est une bonne alternative pour éviter des situations désagréables. Mais, pour un enfant, que faudrait-il mettre en place pour ne plus souffrir? Pour ne plus avoir les conséquences négatives d’un échec? Certaines stratégies seraient-elles efficaces à court terme mais excessivement dommageables à long terme ?

Petit rappel théorique
Impuissance apprise
Impuissance apprise

Selon, Carol Dweck (2007), il existe deux grandes théories implicites concernant l’intelligence chez chacun d’entre nous. La première appelée théorie statique. Elle postule que l’intelligence est un don. Cela conduit l’enfant dans une attitude de démonstration, d’évitement de l’effort et d’échec (« si je ne trouve pas tout de suite la solution, c’est que je ne suis pas intelligent »). La deuxième appelée la théorie dynamique. Elle définie l’intelligence comme une chose qui s’acquiert. Cela conduit l’enfant à chercher la bonne stratégie et à utiliser ses échecs pour alimenter son expérience (« si je fais un effort, c’est que ma tête fonctionne et j’ai une chance de trouver la solution»). En quoi ce petit rappel pourrait-il nous faire comprendre les stratégies d’évitement préjudiciables dans l’apprentissage ?

Le choix de stratégies néfastes pour le développement

 « Taper sur le museau » pourrait bien signifier à l’enfant que le problème est mécanique (« si on me tape sur les doigts cela va faciliter la réflexion »). Et pire, cela pourrait l’amener à se convaincre que « ce n’est pas la peine que je réfléchisse, de toute façon je ne suis pas intelligent ». Ainsi, ce raisonnement déterministe lui permettrait de ne pas s’engager dans la réflexion et donc moins souffrir en cas d’échec. Aussi, nous comprenons que certains puissent apprendre à leur enfant, par la petite tape sur les doigts, à être impuissant devant ses difficultés (théorie statique).

Impuissance apprise, quelle conclusion?
L'impuissance apprise
Impuissance apprise

Pour conclure, il serait, semble-t-il, plus opportun d’inculquer à nos enfants que sa difficulté devant un exercice est un problème d’encodage de son disque dur (mémoire à long terme). De plus, celui-ci lui a été livré complètement vierge. Ainsi, nous autres, les géniteurs et autres ressources bienveillantes, devons croire dans notre pouvoir de participer à élaboration d’une tête bien faite. Et, savoir valoriser qu’une demande d’aide serait sûre est un signe d’intelligence et qu’une tape sur les doigts n’a jamais favorisé les connections neuronales.

Une petite vidéo sur le sentiment d’impuissance apprise devrait finir de nous éclaircir sur l’influence de la sanction dans l’apprentissage! https://www.youtube.com/watch?v=j9I95BJsINc

(2007) Blackwell, L. S., Trzesniewski, K. H., & Dweck, C. S. (2007). Implicit theories of intelligence predict achievement across an adolescent transition: A longitudinal study and an intervention. Child Development, 78, 246–263

21 Oct

Douleur chronique, quelle prise en charge psychologique?

Douleur chronique, que peut apporter les TCC ?

Une douleur est dite chronique chez une personne lorsqu’elle dure plus de six mois.

douleur chronique
Douleur chronique

Le psychologue n’a pas la prétention d’agir sur la douleur physique. Mais alors, sur quoi peut-il intervenir ?
Tout d’abord, il faut comprendre qu’une douleur chronique, selon son intensité, va bouleverser plus ou moins la vie de la personne. Notamment, dans la sphère professionnelle, une personne peut être fortement chamboulée dans l’organisation de son travail. Alors que celui-ci était source de plaisir personnel, certaines tâches comme les déplacements seront vécues comme des épreuves.  Ces difficultés sont toutes relatives lorsque l’arrêt total de l’activité doit être envisagée alors qu’elle était une source d’épanouissement personnel.

Douleur chronique
Douleur chronique

Mais aussi, la sphère familiale s’en trouve affectée. La perte d’autonomie, partielle ou totale dans certaines activités, dérègle les repères de son statut au sein de la famille.  Des fonctions habituelles comme pouvoir participer à l’éducation des enfants s’en trouvent remises en cause. Ou tout simplement, avoir le plaisir d’aller les chercher à l’école ne deviennent plus possibles. Ainsi, les personnes touchées par une douleur chronique peuvent éprouvées une difficulté à légitimer leur rôle et craindre de l’apparition d’un jugement négatif d’autrui.

Enfin, les activités de loisirs et les relations sociales antérieures changent, s’estompent quand elles ne disparaissent pas. Les personnes voient leur cercle d’amis rétrécir. Ceci s’explique, en partie, par une baisse de sollicitations réciproques quand ils ne changent pas complètement à cause de l’absence de joies partagées.

Douleur chronique et prise en charge

douleur-chronique-1Les différents exemples cités plus haut nous aident à mieux comprendre les difficultés des personnes souffrant de douleur chronique. De ce fait, nous comprenons que la douleur physique puisse produire par ricochet des souffrances psychologiques.

Ainsi, le psychologue peut intervenir sur différents axes. Les principaux sont la réduction de l’apparition d’un état dépressif et la capacité à réaliser un nouveau projet de vie. Mais aussi, ce dernier peut faciliter l’amélioration de la reconnaissance de la maladie par les proches qui parfois infantilisent quand ils ne sont pas suspicieux, l’affirmation de soi (avoir mal ne veut pas dire qu’on ne veut plus rien faire). Enfin, l’aide à l’adaptation et la diminution de l’anxiété (perte de repères et crainte de ne pouvoir faire face) par des exercices de gestions des émotions seront une corde supplémentaire à développer.

Pour conclure

Ainsi, le psychologue est surtout là pour permettre à la personne touchée par une douleur chronique de mieux vivre avec sa maladie. Principalement, lui permettre d’éviter que des problèmes affectifs viennent aggraver un quotidien déjà difficile.

15 Oct

Comment vaincre la peur de l’école?

Comment vaincre la peur de l’école?

Phobie scolaire
Phobie scolaire

La peur de l’école ne signifie pas toujours une aversion pour l’apprentissage. Néanmoins, la distinction entre la peur occasionnelle d’aller à l’école à cause d’une épreuve et une autre raison s’avère parfois difficile. Dans le premier cas, la peur excessive conduit l’enfant à des comportements d’évitement. Ils apparaissent de façon insidieuse comme le souhait d’être dispensé à une ou deux matières dites secondaires. Mais aussi, le mal de ventre récurrent qui disparaît pendant les vacances s’avère un bon signal d’alerte. Ainsi, il faudra aller chercher les situations précises où apparaît cette anxiété. Ceci,  facilitera la découverte de l’origine du déclenchement de l’appréhension.

La peur de l’école n’est pas génétique.

La peur d’aller à l’école n’apparaît pas à la naissance. Comme cité plus haut, il faut donc rechercher le moment déclencheur et ceci n’est pas une mince affaire. Cela ne veut pas dire qu’elle survient seulement après un événement marquant. D’ailleurs, dans ce type de phobie, celle-ci apparaît souvent après une suite de situations stressantes qui forcent l’enfant à s’adapter par des comportements néfastes à long terme. Ainsi la phobie est souvent déclenchée par des événements perturbants et répétés comme l’agressivité d’autres enfants (les messages sur les réseaux sociaux sont parmi les sources de violence psychologique les plus dévastatrices) ou bien par une pression exercée par l’entourage sur la performance scolaire.

Comment changer les comportements ?

Rassurons les parents, ces phobies disparaissent facilement dans le temps lors d’une prise en charge par un professionnel. Ce dernier complétera la réassurance des parents vis-à-vis de l’enfant par une extinction des comportements automatiques négatifs. Par exemple, pour éviter de croiser certains camarades dans la rue, l’enfant peut avoir instaurer un rituel de trajet excessivement long. Ce dernier pourrait avoir des conséquences sur la ponctualité ou le besoin de partir très tôt le matin. Bien sûr, nous gardons à l’esprit que, parfois, l’origine de la crainte d’aller à l’école survient à la suite d’une réelle problématique comme le racket. Ainsi, pour éteindre cette phobie, il faudra travailler sur de nouveaux comportements plus adaptés comme la manière de s’y prendre avec les autres ou reprendre les habitudes d’origine.

Comment changer les convictions ?

Agir sur les comportements se complète souvent par un travail sur les pensées de l’enfant. Aussi, il faudra comprendre et faire disparaître ces petites voix intérieures qui agissent comme des injonctions paralysantes. Celles-ci sont souvent fréquentes dans l’anxiété de performance. Les pensées automatiques s’apparentent à « si tu n’es pas dans les trois premiers tu ne pourras pas choisir ton avenir « . Ainsi, l’enfant, et souvent avec le concours des parents, devra évaluer la pertinence de ces obligations et les conséquences réelles dans leurs non applications.

Comment changer l’humeur ?

L’émotion agit toujours dans les situations anxieuses avec plus ou moins d’intensité. Par exemple, cette anxiété excessive peut conduire l’enfant à perdre la motivation de s’engager dans un changement d’attitude. Ainsi, la capacité à gérer ses sensations permettra à l’enfant de comprendre et d’accepter son trouble. Cette reconnaissance instaurera un sentiment de contrôle et facilitera la mise en place de nouvelles compétences comme l’affirmation de soi.

Conclusion
Peur de l'école
Peur de l’école

Pour conclure, nous pourrions dire que la phobie scolaire reste une anxiété assez facile à faire disparaître. Ceci passera, d’une part, par l’acceptation de la détresse de l’enfant par l’entourage. D’autre part, il faudra faire preuve de patience et suivre le rythme de l’enfant dans ses capacités à trouver (ou retrouver) de nouvelles compétences.

S. ROUSSET

8 Oct

La parole dans l’apprentissage

La mise en sens dans l’apprentissage ou comment la parole vient conditionner notre avenir.
La paroole
La parole dans l’apprentissage

La parole dans l’apprentissage doit être mesurée. Un petit récit pour introduire le contexte de cette affirmation nous semble nécessaire. Ce matin, un très jeune bambin vient de souffler fièrement sa première bougie. Un peu plus tard, dans le jardin, il court après les bulles de savon que sa mère lance dans le ciel. « Bing, pouf ou Patatra » et le voilà qu’il trébuche au sol. La chute n’est pas très violente. Mais, encore à plat ventre sur l’herbe, il dessine sur son visage une première grimace. Puis, il marque un temps d’arrêt et regarde sa mère.

Si vous connaissez cette histoire, vous devez savoir aussi la suite. Communément, nous rencontrons deux suites possibles.

Significations.
signification
Signification
  • La mère lui sourit. L’enfant se relève. Rapidement son visage enjoué réapparaît prêt pour partir à la recherche des prochaines bulles.

  • Ou bien, cette dernière, affolée, se précipite  sur l’enfant. Ce dernier se met à pleurer. Et, il lui faudra un peu plus de temps pour décider de repartir à l’aventure.

Mais, quels points communs peut-on trouver dans ces deux épilogues?

La parole dans l’apprentissage.

Dans un premier temps, nous pourrions faire l’hypothèse que la mère signifie par son regard le sens que l’enfant doit donner à sa chute. Ici, l’enfant, surpris et envahit d’un peu de frustration, cherche réconfort et opinion de son entourage. Ainsi, selon l’expression du visage de la mère, l’enfant confirmera ou non sa première impression. Freud aurait pu dire ici que la mère prête son appareil à penser. Et, un autre auteur, Bandura, quant à lui, précisera que la mère éduque son enfant sous la forme d’un apprentissage vicariant.

Douleur physique ou psychologique?

Mais, avant de continuer notre propos, nous posons le postulat suivant. Ce n’est pas tant la douleur physique qui anime notre chérubin mais bien plutôt une autre douleur comme l’échec. Ou bien, peut-on dire sous le terme frustration que l’enfant constate amèrement la limitation de sa liberté. Ainsi, dans la première suite proposée, la mère pourrait transmettre dans son regard apaisant le message suivant : « Je suis là, ce n’est pas grave, je connais ce sentiment, j’y suis passé par là aussi et les chutes sont inéluctables encore quelques temps car tu es encore très petit pour t’en aller plus loin et plus vite». Aussi, je vous laisse aisément trouver le deuxième message implicite de la mère transmet dans la deuxième suite proposée.

L’entourage initiateur de notre conditionnement.

Si nous résumons, cette petite histoire pourrait nous expliquer un peu mieux pourquoi nous ne réagissons pas tous de la même façon devant les mêmes sensations. Ici, nous concevons l’importance de l’entourage comme initiateur de notre conditionnement.

Et si l’enfant pleure?
Pleurs
Pleurs

J’avais oublié ! Nous n’avons pas abordé les pleurs. Si l’enfant s’était mis à pleurer dans le premier cas, qu’aurait fait ou dit notre mère apaisante : « Chut, ne pleure pas, ce n’est rien »?

Il semblerait que cette attitude ne soit pas la plus judicieuse. Pourquoi ? Comprenons que notre cher bambin souffre tant psychologiquement que physiquement. Aussi, le fait de lui dire « ce n’est rien » c’est un peu comme lui dire : « tu ressens des choses dans ton corps mais fait comme si ça n’existait pas ». Alors, nous pouvons envisager qu’il sera difficile, par la suite, de prendre connaissance du monde pour cet enfant si cette manière de lui parler venait à se répéter.

Conclusion.

Ainsi, les sensations sont le premier témoin et repère de l’être humain ? Comment va-t-il se construire s’il ne peut dire : « je », « je n’aime pas ça », « ceci me fait du bien, ceci me fait du mal », « je t’aime parce que tu me donnes ci ou ça ». Pour le dire autrement, essayer de dire à votre interlocuteur qui vous êtes, de vous décrire, sans faire référence aux ressentis.

Stéphane ROUSSET

22 Sep

Le stress post-traumatique

Le stress post-traumatique

Le stress post-traumatique est une souffrance historiquement reconnue chez les militaires au début du siècle dernier. De plus, appelé plus spécifiquement Etat de Stress Post-Traumatique (ESPT) par le manuel américain des troubles mentaux (DSM), ce syndrome peut apparaître dans des situations autres tel qu’un accident de la route.

Mais, avant de poursuivre l’article, je vous propose de regarder cette vidéo relatant l’expérience d’une femme lors de la dernière guerre mondiale.

Prise en charge

Stress post-traumatique
Le stress post-traumatique

Le syndrome de stress post traumatique lié aux faits de guerre demande une prise en charge particulière. Lorsque le nombre de personnes touchées est important, la technique du debriefing comme celle utilisée par Mitchell (1983) semble communément acceptée. Cette technique d’intervention brève et en groupe faciliterait l’expression des sentiments et émotions pour obtenir leurs « libérations ». Or, selon certaines études sérieuses, Mayou et al.(2000) et Wessely et al. (1998), rien ne prouve que cette technique soit efficace et même s’avère parfois dangereuse. En effet, le debriefing pourrait représenter un deuxième traumatisme pour certains patients (critère aggravant du PTSD). Mais aussi, sa brièveté pourrait sensibiliser davantage les personnes à leurs souvenirs traumatisants au lieu d’instaurer une réponse d’habituation.

Discussion
stress-post-traumatique
Le stress post-traumatique
Tout d’abord, le bon sens ou la spontanéité sont parfois sources de bien des remèdes face à nos souffrances. Ainsi, dans le récit de Francine, il semble que sa mère a, peut être, par ce petit morceau de chocolat, prévenu l’apparition d’un stress post-traumatique. Plus particulièrement, c’est en instaurant, entre autre mais pas seulement, de la compassion par un objet de consolation. Ce dernier, symboliquement, est une marque de reconnaissance de la souffrance de l’événement (Etape thérapeutique reconnue aujourd’hui pour le traitement du PTSD par Fontaine et Fontaine (2011)).

 

S. ROUSSET

Mayou R.A. Ehlers A. et Hobbs M., « Psychlogical debriefing for road traffic accident victims. Three year follow-up of a randomised controlled trial », Br. Psychiatry, 176, 2000, 589-593.
Mitchell J.T., « When disaster strikes.. the critical incidents stress debriefing process », J.Emerg. Med. Serv.,8,1,1983,36-39

16 Sep

Le sentiment d’abandon, d’où vient-il?

Sentiment d’abandon, d’où vient-il?

Le sentiment d’abandon est, parfois, un ressenti que l’on peut éprouver lorsque l’on a des rapports étroits ou pas avec un autre. D’où vient-il? Les concepts d’attachement de Bowlby(1) et de « base secure » chez Mary Ainsworth(2) peuvent nous éclairer sur ce sentiment qui parfois nous tiraille.

L’attachement et « base secure »
Base secure
Base secure
L’attachement serait ce besoin de l’enfant d’être avec une ou plusieurs personnes. Cela aurait une influence dans son développement personnel. Les parents répondent à ce besoin par des soins quotidiennement et tout particulièrement pendant les deux premières années de sa vie. La base de sécurité est, quand à elle, construite dans le même temps. Elle présente la particularité d’être le point de départ dans l’apprentissage de la découverte du monde de l’enfant. Pour beaucoup de thérapeute, cette période reste déterminante dans la vie future de l’individu. Une petite histoire de lapin pourrait bien nous éclairer sur ces deux concepts !
Lapinou est un petit lapin qui vient de naître dans le terrier de ses parents. Il est sans défense. Il pleure de toute cette nouveauté qui l’entoure car cela le sollicite terriblement émotionnellement. Les bruits des oiseaux ou des écureuils, les odeurs des baies, les sensations de la terre, le froid, le chaud froid, le vent mais aussi son corps sont autant de sollicitations qui l’inquiète et en même temps l’intrigue. Pour permettre à Lapinou de grandir, ses parents vont créer un savant dosage sur ses sollicitations. Ils vont le protéger sans l’isoler. Et, rapidement, il va trouver une stabilité émotionnelle. Ses parents calment son ventre qui gargouille aux heures des repas. Ils montent la garde à l’entrée du terrier sans empêcher les ombres et la lumière de l’éclairer. Les bruits cessent la nuit pour qu’il puisse s’endormir. Quand vient le jour, ils viennent avec parcimonie titiller ses grandes oreilles. Lapinou peut décider de ne plus rien entendre en se réfugiant dans la fourrure de ses parents. Nous pourrions continuer cela avec tous les sens de notre petit animal.
le sentiment d'abandon
base de securité

Nous sommes sensible au fait que Lapinou va « malgré lui » apprendre à associer le lieu du terrier comme un espace relativement stable émotionnellement, sur lequel toute expérience va pouvoir s’étayer. De plus, cet endroit est un lieu réconfortant, apaisé et sécurisant. Ainsi se construit la « base secure ». Pour le dire autrement, cette continuité des sensations va non seulement lui donner une expérience d’un endroit où il se sent en sécurité mais aussi lui procurer un point de départ pour l’accès à la connaissance. C’est en quelque sorte une somme de connaissances qui pourra faire naître en lui une première forme de raisonnement : la comparaison. N’apprenons-nous pas la nouveauté que si l’on est capable de la discerner des autres connaissances antérieurement stables.

Nous comprenons aussi que si Lapinou n’éprouve pas cette première expérience, il lui sera difficile d’apprendre. Ceci se traduira par des difficultés à s’affirmer auprès des autres, à prendre position. Mais aussi à prendre confiance en lui dans sa capacité à supporter l’anxiété qu’il éprouve à chaque nouvelle rencontre.

Les premières expériences en dehors du nid familial
Quelques temps sont passés. Lapinou est maintenant en âge de sortir mais son développement n’est pas assez mature pour se débrouiller seul. Son père ou sa mère ne sont pas loin. A chaque pas en dehors du terrier, Lapinou est soumis à de nouvelles sensations. Par exemple, le craquement d’une branche change son état émotionnel. Le coeur s’emballe! Il se tourne alors vers sa mère pour lui demander le sens qu’il doit y porter. Danger ou pas danger? Le regard apaisant des parents va suffire à Lapinou d’accueillir cette sensation. Il va pouvoir l’accepter, l’apprécier, patienter qu’elle baisse en intensité pour enfin la garder en mémoire et la ranger dans son répertoire d’expériences inoffensives. Lapinou s’accommode de ce nouveau bruit en l’associant avec le nouvel espace qu’il vient de découvrir. Ainsi, toute nouvelle sensation est mise en sens par la mère ou l’entourage très proche (ceux qui suivent régulièrement l’enfant).

 

Pourquoi « base SECURE »?
sentiment d'abandon
Base secure

Ce sur quoi nous n’avons pas encore insisté c’est le côté sécurisant des parents. Certes les parents de Lapinou sont prêt à le défendre à tout moment ou le prévenir du moindre danger. Mais le terrier avec ses parents représente un endroit où il pourra venir se réfugier si l’intensité des émotions devait devenir trop intense. Il pourrait alors venir se blottir contre le corps de ses parents. Puis, prendre un temps pour souffler et reprendre ses esprits pour rassembler ses forces et repartir. Ainsi, cette base secure est une confiance en soi. C’est une expérience profonde qui donne la conviction que quoi qu’il arrive, il retombera toujours sur ses pattes. On peut comprendre que sans cette expérience Lapinou pourra avoir une angoisse profonde dans sa capacité à gérer ses émotions. Mais aussi, lui faire penser qu’à tout moment il peut être lâcher, abandonner.

Et le petit de l’homme?
Lapinou reconnait bien la similitude de ses expériences avec celles du tout petit de l’homme. Notamment lorsque ce dernier apprend à marcher et qu’il regarde la tête de sa mère à chacune de ses chutes pour savoir s’il doit pleurer, se relever ou laisser glisser son sentiment de frustration. Lapinou se souvient aussi, lorsque ce même enfant, dans le jardin des plantes, pédale avec son tricycle et fait demi-tour toujours au même endroit. Il n’ira plus loin sur le chemin sans un regard approbateur de sa mère. Il reviendra avant que l’anxiété soit trop grande et donnera à voir un sourire sur son visage pour les nouvelles choses découvertes et le sentiment d’un contrôle qui grandit sur soi dans l’inconnu. Par contre, Lapinou ne sait pas que des enfants souffrent parfois de ne pas avoir un nid douillet consolant. Il ne sait pas non plus que certains n’ont pas pu s’égratigner un peu quelques fois les mains et les genoux pour entendre :  » c’est pas grave, même si tu n’y arrives pas du premier coup tu as encore toute la vie pour essayer ».

 

Pour conclure sur le sentiment d’abandon
On comprend, peut-être un peu mieux, à la suite de cette petite histoire, notre propre représentation du terrier et le sentiment d’abandon. Notamment, le mode de relation avec notre « mère » dans l’apprentissage de nos allers-retours en dehors du « nid familial » peut influencer nos relations futures. Ainsi, par exemple, si les parents sont trop protecteurs avec leur enfant, ils ne leur laissent peut-être pas faire l’expérience d’être seul et de connaître ses émotions (attachement anxieux). Ou bien, si les parents sont trop absents, ils ne l’aident pas à signifier ses sensations et les différencier selon le contexte (attachement évitant). Enfin, si les parents ne sont pas réguliers dans leurs significations des stimuli extérieurs, ils ne l’accompagnent pas non plus à prendre des repères (attachement désorganisé).

(1) John Bowlby, Attachement et perte : Séparation, colère et angoisse, vol. 2, Paris, Presses universitaires de France, 1978
(2) Bretherton I, « The Origins of Attachment Theory: John Bowlby and Mary Ainsworth », Developmental Psychology, vol. 28, 1992, p. 759

S. ROUSSET
4 Sep

Le suicide, parlons-en!

Le suicide, parlons-en !
le suicide, une souffrance
Le suicide,: une souffrance

Le suicide est parfois tabou chez certains d’entre-. Pour vous aider à y voir plus clair, peut-on commencer par balayer les a priori et autres croyances fausses. Voici quelques questions avec leurs réponses pour nous permettre de mieux cerner cet acte. Ce sont des affirmations que l’on entend parfois ou souvent dans notre entourage. Dites si elles vous paraissent vraies ou fausses. Ces questions sont issues de l’Observatoire sur le suicide que vous pouvez consulter en suivant ce lien.

Comment évaluez-vous ces affirmations ?
« En général, les personnes qui veulent se suicider ne donnent pas d’indication sur leur intention (à leur entourage) avant de le faire ! » Vrai ou faux ?
Réponse : C’est faux ! 8 personnes sur 10 donnent des signes précurseurs ou en parlent avant de le faire.
le suicide, parlons-en
Ecouter la détresse
« Se suicider résulte bien d’un choix, la personne est donc libre de passer à l’acte si elle le choisit !». Vrai ou faux ?
Réponse : C’est faux bien sûr ! Le suicide est un « choix » par défaut que la personne prend! Un choix se fait par rapport à une liste de solutions permettant de réduire ou supprimer un problème. Si l’individu a peu de solutions pertinentes à sa disposition, voir aucune, le seul choix qu’il risque de trouver pour supprimer sa souffrance est le suicide.

« Pour se suicider, il faut être courageux !». Vrai ou faux ?
A votre avis, est-il pertinent de véhiculer cette valeur autour de nous et auprès des enfants dont certains, plus vulnérables, pourraient se saisir ?

Quelques chiffres

11 400 décès en France, selon l’Observatoire National du Suicide, Rapport de Novembre 2014.

Edifiant, 1 personne sur 20 déclare avoir fait une TS dans sa vie. Mais aussi, 70 000 personnes hospitalisées pour TS hors services de psychiatrie. De plus, 190 000 passages aux urgences par an. mais encore, le suicide serait la deuxième cause de mortalité chez les moins de 15 ans. Enfin, les hommes se suicident 3 fois plus que les femmes.

Quelques mots de prévention
Ecoute suicide
Prévenir le suicide

La vulnérabilité au suicide est caractérisée par la présence d’un caractère impulsif. Mais aussi, une exigence élevée crée une certaine prédisposition au passage à l’acte suicidaire. Ces traits de la personnalité favorisent l’instauration d’un état-suicidaire. Car, il donne peu de place aux pensées positives. L’ambivalence dans le passage à l’acte est souvent présente. Malheureusement, cela sécurise l’entourage sur les ressources que pourrait détenir la personne en détresse psychologique. Enfin, le discours plus ou moins précis d’un « plan suicidaire » est un signe qui doit alerter l’entourage. Plus le projet comporte des éléments précis, plus le risque est grand. Un bon moyen de l’évaluer et de savoir si « le plan » est complet. Les détails comme le lieu, le moment et le moyen doivent alerter les proches et orienter  la personne en détresse vers des professionnels.

Pour finir cet article, je vous relate une dernière croyance que l’on entend parfois. Parler du suicide avec une personne en détresse renforcerait le passage à l’acte. C’est faux, vous donnez, en fait, l’occasion à une personne en détresse d’évaluer si cet acte est la seule solution à sa disposition. Vous lui donnez l’occasion d’exprimer sa souffrance et de reconnaître son mal être. Ceci est le point de départ incontournable pour commencer les soins.

Des prises en charges thérapeutiques existent. Orientez vos proches et ne rester pas seul.

S. ROUSSET

26 Août

Reprendre sa vie en main avec les TCC

Reprendre sa vie en main avec les TCC

Reprendre sa vie en main avec les TCC pourrait être l’objectif de l’histoire de la jeune femme ci-après. Ainsi, voici l’histoire d’une jeune femme, reprenant l’article paru sur internet sur le site psychologies.com.

À 35 ans, Marion, directrice de marketing, ne sait plus où elle en est : grignotages, excès d’alcool et liaisons sans lendemain suivent des périodes de régimes drastiques et de pratiques sportives forcenées. Elle décide d’entamer une thérapie comportementale et cognitive.

Erik Pigani

Reprendre sa vie en main avec les TCC
Reprendre sa vie en main
 « Les thérapies comportementales et cognitives, ou TCC, sont réputées pour leur efficacité à résoudre des problèmes spécifiques. Tels qu’une phobie ou un comportement obsessionnel, explique Jean-Christophe Seznec, auteur de J’arrête de lutter avec mon corps, votre thérapie par l’action (PUF). Pourtant, de plus en plus de personnes, comme Marion, me consultent pour une souffrance globale, dépassant largement un symptôme spécifique ». Selon ce psychiatre et psychothérapeute, « la plupart sont insatisfaites de leur vie et ont l’impression de ne plus pouvoir exercer le moindre contrôle sur elles-mêmes. Leur mal-être se traduit par des attitudes compulsives. Elles enchaînent restrictions alimentaires et grignotages, sorties tardives et nuits d’insomnies passées devant les séries télé. Ou bien, traversent des phases d’excès d’alcool, de sexe ou de sport suivies par d’autres de reprise en main, etc. ».
Les objectifs premiers des TCC

Contrairement aux thérapies analytiques, les TCC ne recherchent pas les causes du trouble. Elles ne s’intéressent que secondairement à notre histoire et à notre enfance. Elles ont un objectif précis : nous permettre, le plus rapidement possible, de résoudre un ou plusieurs problèmes de comportement. Exemples : peur de l’avion ou de parler en public, insomnies, crises d’angoisse, boulimie…

Les TCC ont évolué en même temps que les besoins. « Nous en sommes à la troisième génération, détaille Jean-Christophe Seznec. La première, purement comportementale, consistait à remplacer un comportement par un autre. La deuxième, cognitive, se focalisait sur les pensées, les croyances et les opinions négatives de la personne afin de les remplacer par des affirmations positives. Aujourd’hui, les différentes méthodes s’appuient de surcroît sur la gestion émotionnelle. Le travail consiste à changer la façon dont on considère ses pensées et ses émotions. Mais aussi, elle facilite l’engagement dans des actions qui comptent réellement pour soi. »

Quelques chiffres

Un Français sur cinq souffre d’insomnie. La prise de somnifères demeure le recours principal pour de nombreux insomniaques. La thérapie comportementale et cognitive est une alliée méconnue pour retrouver le sommeil. Plus d’explications dans notre article Soigner l’insomnie par les TCC .

Une méthode d’entretien éprouvée

Concrètement, comment se déroule une séance de « troisième génération » ? « J’essaie de faire en sorte que les entretiens soient le plus interactifs et vivants possible, répond le thérapeute. Je propose des exercices ludiques que j’invente au fil des séances. Je peux aussi suggérer la lecture de livres. Car, plus la personne connaît de choses sur son fonctionnement, plus elle développe ses propres compétences, et plus elle est autonome. »

Après avoir présenté à Marion le lien entre pensées, émotions et sensations physiques, le psychothérapeute lui propose de reprendre une à une les situations qui lui posent problème, et d’exprimer les sensations et émotions liées à chacune d’elles. Ensuite, d’identifier les pensées automatiques qui s’imposent à elle pendant ces comportements compulsifs. « Il est ressorti une peur de ne pas être à la hauteur, tant dans sa vie professionnelle que personnelle… Cette croyance provoquait une tension intérieure. Elle cherchait à la calmer avec des comportements maltraitants envers elle-même – grignotage, alcool, multiplication des liaisons. Ce sont des fausses solutions très communes pour “purger” les émotions. »

Une palette d’outils pour s’adapter aux patients

La solution ? Construire des pensées alternatives aux pensées automatiques et faire le choix conscient d’un comportement adapté. « Pour cela, j’utilise la technique de la “pleine conscience”, la mindfulness,qui consiste à diriger son attention sur soi, de façon consciente et sans jugement de valeur, précise Jean- Christophe Seznec. Aussi, cette méthode, utilisée parfois en prévention des rechutes dépressives, permet de trouver en soi les bonnes solutions pour sortir de l’enfermement des comportements compulsifs. Une question s’impose alors, que chacun de nous peut se poser : “Est-ce que je me rapproche ou m’éloigne de la personne que je voudrais être ?” ». Ainsi, reprendre sa vie en main par les TCC s’est se focaliser davantage sur les solutions.

L’historique des TCC

C’est en 1924 que la psychologue américaine Mary Cover Jones tente la première thérapie comportementale. Elle expose des enfants à l’objet de leur peur, tout en les récompensant et en leur montrant d’autres enfants qui n’ont pas peur. Dans les années 1950, deux autres psychologues américains apparaissent. Joseph Wolpe et Burrhus F. Skinner, mèneront des recherches sur la désensibilisation aux peurs et le conditionnement. Dans les années 1960, les psychiatres américains Albert Ellis et Aaron Beck déclenchent la « révolution cognitiviste ». Ils prennent en compte émotions, croyances et mode de pensée pour traiter des troubles comme la dépression. La synthèse entre comportemental et cognitif s’est ensuite faite au fur et à mesure de la pratique.

Pour en savoir plus sur l’article : http://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Psychotherapies/Articles-et-Dossiers/Reprendre-sa-vie-en-main-avec-les-TCC

Une troisième vague vient d’apparaître. Nous pourrions la résumer sous l’influence des thérapies d’engagement et d’acceptation. Elle complète tous les travaux précédents. Elle essaye de donner plus de place à la fonction de l’émotion. Cette dernière serait prise comme médiateur spécifique entre l’homme et son environnement. Ainsi, reprendre sa vie avec les TCC serait une manière d’aborder ses difficultés à l’aide de plusieurs courants de recherche.

S. ROUSSET

8 Août

Un examen et ses peurs

Un examen et ses peurs

panneauxUn examen est une chose courante, ses peurs un peu moins. Ce qui l’est un peu moins c’est que cette peur nous empêche de nous concentrer et de réaliser ce que nous devons. Voici, pour développer, l’histoire d’une patiente. Une jeune femme, madame M., exprime une forte anxiété à l’épreuve de conduite automobile qui a lieu très prochainement. Elle a échoué déjà à deux reprises et redoute que son stress lui fasse perdre à nouveau ses moyens. Comment l’aider ? Commençons par en savoir un peu plus.

Questions pour approfondir la situation problème

A la première question de connaître ce qui l’a fait stresser, elle répond qu’elle ne sait pas. Titulaire de deux diplômes d’ingénieur, nous lui faisons partager notre étonnement sur le fait qu’elle ne soit pas suffisamment aguerrie à l’examen depuis toutes ses années. Nous l’interrogeons alors sur ce qui différencie cette épreuve de toutes celles qu’elle a affronté. Elle dit que « ce n’est pas pareil, davantage intellectuelle, elle a l’habitude d’être devant une feuille blanche. Elle a ses repères ! ». Il est vrai que la plupart de ces compétences sont intellectuelles et peu axées sur la praxie.

La compétence est située. Ici, on peut aisément faire l’hypothèse qu’elle a très peu d’expérience transférable dans ce domaine. Citons par exemple que, certains peuvent facilement piloter un avion mais perdre les mots devant l’élue de leur cœur. Ainsi, la gestion du stress n’est pas une compétence acquise et encore moins innée, mais bien construite en fonction d’une situation précise.

Précisions sur la situation problème

Madame M., nous dit aussi qu’elle n’a pas ses repères. Là encore, nous savons que dans tout acte l’individu le modifie pour s’adapter à son environnement et ceci grâce à des retours d’information sur les effets produits. Par exemple, à vélo, dans un virage, selon notre vitesse, nous penchons plus ou moins en fonction de notre rapprochement des lignes séparatrices de la voie. Ainsi, l’absence de connaissance de repères ne permet pas à l’individu de s’ajuster de façon continue.

En questionnant davantage madame M., celle-ci s’aperçoit que son stress est plus fort si  l’examinateur est un homme et de surcroît s’il montre un air sévère. « J’essaierai de ne pas trop le regarder et d’y penser le jour « J », dit-elle. « Comme ça mon stress aura moins de chance apparaître ! » rajoute-t-elle, pour nous dire la manière » de s’y prendre quand il apparaît. Tout cela sera-t-il bien efficace ?

Quelles solutions?
Test cognitif
Examen

Quelles solutions peut-on proposer en vue d’augmenter les chances de réussite à l’examen? Un petit exercice pratique vaut beaucoup mieux qu’un long discours. De fait, nous demandons à madame M. de faire une petite expérience. Tout d’abord, elle doit essayer de ne pas penser au mot « Camembert » pendant une minute.

A la fin du temps imparti, nous l’interrogeons sur son taux de réussite. Elle nous répond, non sans gêne, qu’elle n’y est pas arrivée. Spontanément, elle précise que toutes les choses, sur lesquelles elle fixait son attention pour l’éloigner de cette pensée, l’a ramenait, malgré elle, au dit mot : Camembert ! Elle explique plus précisément qu’au bout d’un certain temps passé les yeux fixés sur un objet elle se questionnait de la façon suivante : « Mais pourquoi donc mon attention est focalisée sur cet objet ?…. Ah, oui, c’est vrai ! Pour ne plus penser au mot Camembert !… oups ! ».

Pour rassurer, madame M., nous l’informons que cet exercice est très difficile et que peu de gens le réussisse. Effectivement, nous lui expliquons lorsque nous cherchons une pensée pour en éviter une autre, cette même pensée nous rappelle le motif de l’évitement. Certains l’appellent « l’effet rebond ». Ainsi, madame M. apprend qu’il est quasiment impossible de contrôler sa pensée et encore moins à ce que l’on redoute.

Axes de préparation à l’examen

Solutions problèmeNous formulons deux axes pour préparer l’examen de conduite et réduire son anxiété. Nous conseillons à madame M. de passer plus de temps à essayer d’accepter l’éventualité de voir l’examinateur être un homme. Plus précisément, s’habituer qu’il ait des traits sévères plutôt que de chercher une ou des pensées capables de l’éloigner de cette éventualité qui l’effraie. Ainsi, elle aura davantage la possibilité de commencer réévaluer le rapport entre l’aspect menaçant de l’examinateur et le niveau de d’anxiété mobilisé. Aussi, elle pourra se donner l’opportunité de vérifier en quoi et jusqu’où ce regard sévère peut être dangereux pour elle.

Mais aussi, nous lui suggérons de ne pas oublier que notre corps est capable d’adaptation à condition de lui en donner l’occasion. Par exemple, en ces temps de fortes chaleurs, nous ressentons désagréablement le fait de sortir de notre voiture après avoir effectué un long trajet. Ceci est surtout vrai si elle est équipée de la climatisation. Si nous regagnons aussitôt notre véhicule, nous ne pourrons pas permettre à notre corps de s’habituer à cette hausse brutale de température. C’est d’ailleurs ce que nous ne faisons pas et oublions après plusieurs pas cette sensation de bouffée de chaleur.

Pour conclure

Pour conclure, chaque situation inhabituelle provoque son lot de nouvelles sensations que l’on signifie plus ou moins négativement. La valeur que nous donnerons à ces sensations vont conditionner notre manière d’appréhender le nouvel événement. L’acceptation et la remise en cause de nos interprétations automatiques peuvent aider fortement à venir à bout de chaque situation de stress.

Une petite remarque. Nous n’avons pas demandé à madame M. si cette expression de visage lui rappelait un souvenir dans son enfance. Ceci, d’une part, car nous n’en avions pas le temps, au regard de l’échéance de l’épreuve qui se déroulait dans les sept jours. D’autre part, était-ce vraiment si important et les souvenirs de madame auraient-ils été exactes?

Ah oui, madame M. nous a envoyé un petit mail. Elle nous a informé que pendant deux semaines elle s’est attachée à suivre les objectifs formulés. Et, qu’elle nous remercie car elle avait réussi son permis de voiture. Elle ne nous a pas précisé, malheureusement, les modifications éprouvées dans chaque domaine.

S. ROUSSET